Droit à la médiation de la consommation
Eric Peral
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Droit à la médiation de la consommation
By Eric Peral | Category: consumer | Read Time: 4 min
L’ordonnance n°2015-1033 du 20 août 2015, qui transpose la directive européenne 2013/11/UE, a profondément rénové le cadre de la médiation des litiges de consommation en France. Elle consacre un véritable droit à la médiation au profit du consommateur, tout en faisant peser de nouvelles obligations sur les professionnels. Ce dispositif s’inscrit dans une logique de règlement extrajudiciaire des différends, visant à désengorger les tribunaux et à favoriser une résolution plus rapide, plus souple et moins coûteuse des conflits.
Au cœur de ce nouveau régime se trouve l’obligation, pour tout professionnel, de permettre au consommateur de recourir gratuitement à un médiateur de la consommation en cas de litige. Ce médiateur doit être référencé sur une liste officielle établie par la Commission d’évaluation et de contrôle de la médiation de la consommation (CECMC), garantissant son indépendance, son impartialité et sa compétence. La médiation ne peut être mise en œuvre qu’après que le consommateur a tenté au préalable de résoudre directement son différend par une réclamation écrite auprès du professionnel, ce qui impose à ce dernier d’organiser un traitement interne structuré des réclamations.
Ce choix n’est pas neutre : il engage l’image de l’entreprise, la qualité du règlement des litiges et parfois le coût du dispositif, puisque si la médiation est gratuite pour le consommateur, elle est financée par les professionnels.
Les professionnels doivent ensuite choisir un ou plusieurs médiateurs de la consommation, qu’il s’agisse d’un médiateur sectoriel, d’un médiateur d’entreprise ou d’un médiateur public, sous réserve de leur inscription sur la liste précitée. Ce choix n’est pas neutre : il engage l’image de l’entreprise, la qualité du règlement des litiges et parfois le coût du dispositif, puisque si la médiation est gratuite pour le consommateur, elle est financée par les professionnels. Il leur appartient aussi de formaliser une convention ou un cadre contractuel avec le médiateur, précisant les modalités pratiques de sa saisine, les délais de traitement et les engagements réciproques.
L’information du consommateur constitue un autre pilier du nouveau droit à la médiation. Le professionnel doit mentionner, de manière claire et aisément accessible, les coordonnées du ou des médiateurs compétents sur ses supports de communication : conditions générales de vente ou de services, site internet, bons de commande, et plus généralement tout document contractuel. En cas de litige non résolu, il doit rappeler au consommateur la possibilité de recourir à la médiation et indiquer les modalités concrètes de saisine. Le défaut d’information peut être sanctionné comme une pratique contraire aux prescriptions du Code de la consommation, ce qui renforce l’enjeu de conformité.
Important: Le professionnel doit mentionner, de manière claire et aisément accessible, les coordonnées du ou des médiateurs compétents.
Sur le plan procédural, la médiation de la consommation reste facultative pour le consommateur, qui conserve la liberté de saisir les tribunaux à tout moment. La médiation repose sur le principe du volontariat, de la confidentialité des échanges et de la neutralité du médiateur. Ce dernier a pour mission de rapprocher les positions des parties et de favoriser l’émergence d’une solution amiable, sans pouvoir de contrainte ni de décision. Le processus doit respecter des délais raisonnables et demeurer gratuit pour le consommateur, y compris pour la réception et l’examen de son dossier.
Pour les entreprises, la mise en conformité avec ce nouveau droit à la médiation suppose une démarche structurée. Elles doivent : identifier le médiateur le plus adapté à leur secteur, s’assurer de son référencement, adapter leurs documents contractuels et mentions légales, mettre à jour leur site internet, et former leurs équipes au traitement des réclamations et à l’orientation vers la médiation. Au-delà de l’obligation légale, la médiation de la consommation peut devenir un outil stratégique de gestion de la relation client, en offrant un mode de résolution apaisé et en améliorant la satisfaction globale.
Ainsi, le nouveau dispositif de médiation des litiges de consommation ne se réduit pas à une simple formalité : il instaure un véritable droit procédural pour le consommateur et impose aux professionnels de repenser leur gestion des conflits. Bien mise en œuvre, la médiation peut contribuer à réduire le contentieux, à sécuriser les pratiques commerciales et à renforcer la confiance entre consommateurs et entreprises.