Audience de règlement amiable (ARA) : définition, déroulement, intérêt pratique et confidentialité
Eric Peral
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Audience de règlement amiable (ARA) : définition, déroulement, intérêt pratique et confidentialité
Par Eric Peral | Catégorie: mediation | Lecture: 4 min
L’audience de règlement amiable (ARA) est un mode de résolution amiable des litiges récemment consacré dans le Code de procédure civile aux articles 774-1 à 774-4. Elle vise à permettre aux parties déjà engagées dans une instance de trouver un accord devant un juge spécialement désigné, afin de mettre fin totalement ou partiellement au contentieux. Ce mécanisme s’inscrit dans le mouvement général de promotion des modes amiables et de désengorgement des juridictions civiles et commerciales.
L’ARA ne concerne que les litiges portant sur des droits dont les parties ont la libre disposition. Elle est donc ouverte en matière civile, commerciale et même en référé, mais demeure exclue pour les affaires relevant du juge aux affaires familiales, par exemple en matière d’autorité parentale où les intérêts en présence excèdent la seule volonté des parties. À l’inverse, un litige entre créancier et débiteur sur le paiement d’une somme d’argent illustre typiquement le terrain propice à un règlement amiable devant le juge.
"Lorsque l’une au moins des parties manifeste une volonté de dialogue, les chances de voir ordonner une ARA sont élevées."
L’initiative d’une audience de règlement amiable peut venir du juge ou des parties. Le juge saisi du litige peut, d’office après avoir recueilli l’avis des parties, décider de renvoyer le dossier à une ARA lorsqu’il estime qu’un accord est envisageable. L’une des parties peut également solliciter cette orientation en formulant une demande dans ses conclusions devant le juge de la mise en état, auquel il appartiendra d’apprécier l’opportunité d’y faire droit même en présence de réticences de l’adversaire. Dans la pratique, lorsque l’une au moins des parties manifeste une volonté de dialogue, les chances de voir ordonner une ARA sont élevées.
Le déroulement de l’audience est strictement encadré par l’article 774-3 du Code de procédure civile. Les parties sont convoquées par le greffe et ont l’obligation de comparaître en personne, sauf cas de dispense, en étant assistées de leur avocat lorsque la représentation est obligatoire. L’audience se tient en chambre du conseil, hors la présence du greffe, devant un juge distinct de celui appelé à statuer sur le fond. Ce magistrat a pour mission de favoriser une résolution amiable du différend par la confrontation équilibrée des points de vue, l’évaluation des intérêts respectifs et la prise en compte des règles de droit applicables.
Important: La confidentialité constitue un pilier essentiel du dispositif. Sauf accord contraire des parties, tout ce qui est dit, écrit ou fait au cours de l’audience est couvert par le secret et ne peut être invoqué ultérieurement devant le juge du fond en cas d’échec de la tentative.
La confidentialité constitue un pilier essentiel du dispositif. Sauf accord contraire des parties, tout ce qui est dit, écrit ou fait au cours de l’audience est couvert par le secret et ne peut être invoqué ultérieurement devant le juge du fond en cas d’échec de la tentative. Cette confidentialité favorise la liberté de parole, permet des concessions plus aisées et consolide la confiance dans le processus. Deux exceptions seulement permettent de lever ce secret : des raisons impérieuses d’ordre public ou la protection de l’intérêt supérieur de l’enfant ou de l’intégrité de la personne, ainsi que la nécessité de révéler l’accord pour en assurer l’exécution.
Au terme de l’ARA, trois issues sont possibles. En l’absence de tout accord, le dossier est simplement renvoyé devant le juge initialement saisi, qui tranchera le litige selon la procédure contentieuse classique. En cas d’accord partiel, les points de convergence sont consignés dans un procès-verbal qui s’impose aux parties, tandis que les points de désaccord subsistent et seront soumis au juge du fond. Si un accord global est trouvé, la procédure se poursuit devant le magistrat saisi afin que l’accord soit, le cas échéant, homologué et intégré à la décision définitive.
L’intérêt pratique de l’audience de règlement amiable est considérable pour les justiciables comme pour les juridictions. Elle permet d’obtenir une issue négociée en quelques mois là où une procédure contentieuse classique peut s’étendre sur une année ou davantage. Cette économie de temps s’accompagne souvent d’une pacification des relations, particulièrement utile lorsque les parties sont liées par des relations d’affaires appelées à se poursuivre. La pratique montre que les accords trouvés dans ce cadre sont généralement respectés, ce qui témoigne de leur appropriation par les parties.
L’ARA s’inscrit ainsi dans une politique plus large de développement des modes alternatifs de règlement des différends (MARD). En organisant un espace confidentiel de dialogue sous l’égide d’un magistrat neutre, elle rapproche la logique judiciaire de celle de la médiation tout en conservant l’ancrage procédural et la possibilité d’un retour au juge du fond en cas d’échec. Pour les avocats, elle représente un outil supplémentaire de stratégie procédurale, permettant de défendre au mieux les intérêts du client tout en explorant les marges de négociation. Pour les justiciables, elle offre une voie plus rapide, plus maîtrisée et souvent moins coûteuse vers la résolution du conflit.